

Emilie Allais à la Vitrine
Emilie Allais
How to disappear completely and never be found ?
du 2 juillet au 4 septembre 2026
«Le fantasme de disparaître serait très fréquent, le passage à l’acte s’expliquerait selon certains psychanalystes par la chute de l’idéal du moi, d’autres pensent que ce serait lié à la difficulté à établir la bonne distance avec les autres. Par ailleurs, la loi est formelle : tout majeur est libre d’aller et venir à sa guise, et, s’il le souhaite, de rompre radicalement avec ses proches.
Chaque année, en France, des milliers de personnes disparaissent volontairement pour renaître sous une autre identité. Au Japon, ce phénomène massif concerne jusqu’à cent mille personnes par an. On les appelle les évaporés. Des entreprises se sont même développées pour organiser, en toute conscience, cette escapade très souvent nocturne qui porte le nom de Yonige. « How to Disappear Completely and Never Be Found », son versant américain, fait référence au titre d’un guide écrit par Doug Richmond, en 1985, qui recèle de nombreux conseils pour planifier sa propre disparition.
On dit des anciens disparus qu’un jour ils ont éprouvé le besoin irrépressible de partir, un acte ni réfléchi ni prémédité, qu’ils agissent sous le coup de la pulsion, annihilant toute réflexion possible. Soudain, ils ne vivent plus que dans l’instant présent, ce qui rend le passage à l’acte possible et n’ont alors que cette solution : s’échapper.
Il y a quelques années, ma tante alors âgée de 80 ans disparaissait dans la forêt de Brocéliande dans des circonstances étranges … En quelques heures, une battue générale prenait l’allure d’un épopée fantasmagorique, aux limites de la réalité et d’un élan commun, nous marchions vers l’inconnu sans savoir quelle direction privilégiée … Quelques semaines plus tôt, alors que je lui rendais visite, elle s’inquiétait de savoir où était son mari, décédé une dizaine d’années plus tôt. Ses petits-enfants me racontèrent par ailleurs l’avoir surprise, quelques mois auparavant, auteure d’un banquet dédié à ses funérailles. En pleine nuit, elle attendait trente cinq convives. Elle avait basculé dans un autre monde et je l’imaginais, seule, en voyage dans des contrées imaginaires, dont, nous, simples vivants, étions devenus des étrangers … Son voyage me semblait relever du fabuleux. Cette série est une tentative d’exploration de ce(s) phénomène(s) à l’état de fantasme et une invitation à la dérive vers sa propre renaissance.»
Née à Paris en 1976, Emilie Allais vit à Marseille. Après des études d’histoire et de cinéma, Emilie Allais suit les cours du soir à l’Ecole Nationale de la Photographie d’Arles et se forme auprès de différents photographe à Arles et à Paris. Son univers, bercé d’inquiétante étrangeté, surgit souvent de la nuit et s’apparente au conte. Omniprésente, la fiction n’y est qu’effleurée, jamais explicitée. Ses photographies nous conduisent vers un ailleurs dans une atmosphère fantasmagorique, entre partie de cache‑cache et camouflage. Elle envisage chacune de ses images comme un espace de possibles, en laissant libre à chacun d’imaginer la suite. S’amusant de la recherche de la vérité et de l’instinct de ‘interprétation, elle préfère laisser la place à l’étrangeté et au doute. Car qui de nous détient la vérité ? Qui saurait mieux que les autres ?
